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Céline

Céline et moi est une de mes histoires préférées, une histoire d’amour évidemment, et comme il a quitté ce monde bien avant notre rencontre, il était impossible pour nous de nous quitter, c’était peut-être la seule façon possible. Notre histoire a commencé l’été dernier vers les coups de minuit, en pleine campagne marocaine après une journée passée sous silence, une de plus. Ne pas parler est dans ma nature, j’ai du mal à suivre le rythme et arrive souvent trop tard, tant pis.

En lisant Voyage au bout de la nuit je découvrais un homme encore sonné par la guerre et la folie des hommes. Ne voyaient-ils pas que c’était l’horreur ? Bardamu ne comprenait pas pourquoi il devait tirer sur l’allemand d’en face alors qu’hier encore il était son camarade de classe, d’autant plus que ce dernier ne lui a rien fait. Ce qu’il comprenait encore moins était que tous ses autres amis tiraient et évidemment on lui tirait dessus aussi de l’autre côté. Il voulait être un héros mais il a vite déchanté. La vérité est qu’il était trop lâche, il manquait de courage et était totalement dépassé. Ferdinand se lâche et quitte à passer pour un fou il déballe tout, la vérité des hommes toute crue, qui fait mal seulement lorsqu’on refuse de se laisser aller, et pourtant il ne sert à rien de résister. La vérité aussi moche soit-elle est bonne à prendre, et l’on se sent presque soulagé après l’avoir encaissée, tel un péché que l’on aurait confessé, enfin. Dans ce cas-là j’avais plutôt trouvé un allié, inespéré, et si Robin des bois volait aux riches pour donner aux pauvres, nous redistribuions les richesses autrement. Tout le monde en prenait pour son grade, ça je pouvais vous l’assurer. Ce fut des moments jouissifs et mémorables.

Mort à crédit est une autre paire de manches. L’enfance de Céline fut presque horrible. On est certes plus exigeant avec nos parents qu’avec toute autre personne, ils n’auraient presque pas droit à l’erreur. Alors forcément on dramatise un peu, beaucoup, et notre imagination fait le reste, puis notre mémoire nous joue des tours et on ne sait plus où on en est. Céline décrit ses parents comme deux êtres très bruyants, un père au caractère ténébreux, il est tout le temps en colère et on ne sait jamais pourquoi, le monde semble être créé pour la seule raison de le faire sortir de ses gonds, et sa mère… sa mère, on pourrait penser qu’elle a passé sa vie à courir après son père le suppliant de la croire quand elle disait que ça irait mieux tu verras, je ferai encore mieux la prochaine fois pour nous sortir de là, je ferai un bon commerce et nous serons heureux, et Ferdinand sera comme toi tu verras… mais ce n’était toujours pas ça et la nuit tombée elle essuyait le sang qui dégoulinait de son crâne légèrement plus fracassé que la fois précédente. Quant à Céline il a été élevé au rythme des claques qu’il n’avait même pas besoin de récolter ici et là puisqu’elles semblaient constituer le premier moyen de communication de sa mère et son père. Ils se comportaient comme des Thénardier.

Après avoir lu les cent premières pages de ce roman autobiographique, je suis tentée de dire que la lecture de toute autre biographie serait fade et stérile comparée à ce récit. Comme la première fois, Céline écrit avec ses tripes. Céline écrit, je me serais bien arrêtée là pour ma part ; mais il nous offre mieux que ça, il nous livre ses pensées les plus intimes et ce n’est pas toujours la joie. Pour le meilleur et pour le pire, comme on dit.

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