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Why I (don’t) write

Je n’ai pas lu l’essai d’Orwell portant le même nom, je sais que Toni Morrison écrit pour répondre à une question précise dans chacun de ses romans, Haruki Murakami écrit chaque matin à la même heure après sa petite marche, et ne connaît jamais la fin de ses histoires avant d’en avoir tapé le dernier mot. Paul Auster et John Irving sont de grands perfectionnistes qui peuvent passer plusieurs heures à ruminer une seule phrase, et sont incapables de passer à la suivante avant d’en être totalement satisfaits. Je ne serai pas étonnée que Zadie Smith suive le même parcours.

Je n’ai jamais écrit de fiction et ne me suis jamais imaginée en écrire. En revanche, je connais les sujets de mes futurs écrits. Dieu. La religion. La vie absurde. La société conservatrice et ses débauches. Le suicide. L’art. La musique. La morale. Le doute permanent et le sens critique sans lequel nous ne sommes rien. Les belles âmes qui ont croisé mon  chemin et celles à venir, Ali Benmakhlouf et l’illumination qu’il a su porter sur ma vie, que je pourrai résumer en un seul mot l’intellect. Michel Foucault bien sûr et Céline. Le féminisme de Marguerite Yourcenar. La figure du père. Et puis tout le côté obscur enfoui en chacun de nous, la folie, les horreurs de la guerre, notre égoïsme, la quête du pouvoir et tout le reste.

Foucault n’a jamais écrit sur sa vie, pas d’autobiographie et à tous ces biographes qui lui rodaient autour, il leur répondait que s’ils voulaient le connaître ils n’avaient qu’à lire ses livres. Mais n’est pas Foucault qui veut. Si une seule personne aurait pu vivre éternellement, ça aurait dû être lui, il avait encore tellement à apporter… Je dis ça parce que si j’ai décidé d’écrire cet article aujourd’hui, ici, c’est dans la tentative d’essayer de répondre à la question « Pourquoi écrire ? », écrire sur sa vie est parfois ce qui nous vient le plus naturellement, c’est aussi un exercice éprouvant, mais aussi « à quoi bon ? ».

Comme je le disais plus haut, écrire de la fiction et imaginer des histoires qui n’existent pas est un sacré challenge pour moi que je pourrai tout aussi bien ajouter à la liste de tous ces sujets sur lesquels je devrai me détendre un peu. J’ai toujours été une personne très sérieuse et qui par la même occasion prend la vie TRÈS au sérieux, à tel point que donner des noms à des personnages fictifs me semble absurde et je bloque, ceci ne devrait pas m’empêcher de les nommer avec une seule lettre, une sorte d’initiale comme le faisait le très cher Kafka. Le deuxième problème est mon incapacité à conclure, mon amour pour les débuts et ma grande nostalgie des origines. Rien ne me stimule autant que la page blanche, que la première phrase, celle où tout est encore possible… je peux passer des jours à écrire ces premières lignes, d’ailleurs j’ai plusieurs versions différentes de cette fameuse première page. Je les ai relues quelques mois plus tard voire quelques années et je les ai toutes adorées, là n’est pas le problème. Poursuivre l’écriture et me décider à me « détacher » de cette première page est en revanche une étape compliquée et que je n’arrive toujours pas à dépasser, je suis obsédée par la réécriture du début de mon histoire et d’étaler devant moi toutes les possibilités imaginables qui pourraient tout changer… Je crois que ça reflète ma façon de vivre et mon obsession pour toutes les réponses possibles à la vie en tant qu’énigme, et cette peur d’en rater une qui m’assurerait par la même occasion une sortie digne.

Ajoutons à celà le troisième problème, l’ennui. Je m’ennuie très facilement, même de ma propre histoire. Je pense que l’ennui n’est peut-être qu’une autre forme d’insécurité et que c’est là qu’il faut creuser. L’ironie du sort veut que je ne sache creuser qu’en écrivant. C’est le seul moyen de me poser, le seul moment où j’arrive à me concentrer suffisamment longtemps et à ne pas fuir mon propre regard. Réécrire le début d’une histoire encore et encore n’est finalement que l’excuse de l’enfant qui refuse d’aller de l’avant et repousse la corvée au plus tard possible, la corvée ici est probablement l’engagement dans une voie « unique » et le risque de s’ennuyer à mort. Résultat, soit je refuse d’y aller ou si j’y vais, j’ai juste hâte d’en finir et je cours vers la conclusion que je vois plutôt comme une « issue de secours ». D’ailleurs, je commence à m’ennuyer de cet article-même.

Cet article m’a quand même permis de réaliser le lien entre l’insécurité et l’ennui et je sais que ce dernier peut constituer un atout pour écrire et développer une idée plutôt que l’inverse. Je me dis qu’en écrivant de manière à m’éviter l’ennui ne peut que faire en sorte de l’éviter au lecteur lui-même et que nous en ressortirons tous gagnants au final.

Je n’ai toujours pas répondu à la question « Pourquoi écrire ? » la seule véritable question qui compte aujourd’hui et qui décidera de la suite de mon histoire et non ces fameuses premières pages comme je l’avais cru. Je veux écrire pour la même raison qui fait que je ne peux m’arrêter de lire. Je lis par curiosité de connaître les réponses des autres à la question de la vie, ou aux questions existentielles si vous préférez, et j’écrirai pour exprimer les miennes. Je pense que c’est essentiel, ça a un côté « sacré » et comme toutes les autres « croyances » et manifestations du sacré chez l’humain, ça m’attendrit au possible… J’aimerai écrire sur des sujets universels qui me touchent, ces univers que j’entrevois en arrière-plan dans notre vie de tous les jours, que j’ai envie d’explorer plus profondément et d’exposer en plein jour. Écrire comme manière de vaincre la banalité, le mode de vie imposé et envisager une autre issue possible ne serait-ce qu’avec des mots bien choisis.

Il ne me reste donc plus qu’à choisir le premier sujet et me détendre.

2 réponses à “Why I (don’t) write”

  1. Omar

    « On lit ou on écrit de la poésie non pas parce que c’est joli. On lit et on écrit de la poésie parce que l’on fait partie de l’humanité, et que l’humanité est faite de passions. La médecine, le commerce, le droit, l’industrie sont de nobles poursuites, et sont nécessaires pour assurer la vie. Mais la poésie, la beauté, l’amour, l’aventure, c’est en fait pour cela qu’on vit. Pour citer Whitman : « Ô moi ! Ô la vie ! Tant de questions qui m’assaillent sans cesse, ces interminables cortèges d’incroyants, ces cités peuplées de sots. Qu’y a-t-il de bon en cela ? Ô moi ! Ô la vie ! ». Réponse : que tu es ici, que la vie existe, et l’identité. Que le prodigieux spectacle continue et que tu peux y apporter ta rime. Que le prodigieux spectacle continue et que tu peux y apporter ta rime… Quelle sera votre rime ? »
    Robin Williams dans Le Cercle des poètes disparus (1989), écrit par Tom Schulman.

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